La Commune et la déportation dans les mots d’un de ses protagonistes peu connus [Souvenirs amers – François Camille Cron]

Une question qui continue à m’occuper est comment les communard(e)s eux-mêmes ont vécu la Commune et la répression qui la suivit. Certains ont publié des mémoires. Mais ce sont surtout les lettrés, les journalistes, les protagonistes principaux de l’insurrection, comme les membres de la Commune. Que reste-t-il cependant des autres, des simples gardes nationaux, de ceux qui n’ont pas et ceux qui n’auraient même pas pu laisser des traces écrites et encore moins des livres publiés? Une piste possible sont les lettres écrites par ceux qui le savaient faire. Certaines se trouvent dans les archives, comme les lettres retenues par l’administration, dont je suis convaincue qu’elles contiennent encore beaucoup plus d’informations qui n’ont jusqu’à présent pas été systématiquement étudiées.

Mais ce n’est pas la seule possibilité d’élargir la perspective sur cette question. Je viens de lire un ouvrage qui est un autre témoignage direct de cette époque, mais qui se différentie de tous autres genres à peine évoqués. Il s’agit une collection de textes rédigés par François Camille Cron pendant son séjour de déporté en Nouvelle-Calédonie. Au contraire des mémoires publiés par les communards, ce texte à l’origine n’était pas destiné à la publication. Celle-ci advint seulement une centaine d’années après les évènements décrits, lors de la redécouverte de cette source précieuse. Le texte est dédié surtout à son fils pour lui raconter l’histoire de 1870 et 1871 et expliquer pourquoi Cron a participé à l’insurrection et ce qu’il a vécu par conséquence.

Le texte commence par un récit de ce qui est avenu dans ces deux années fatidiques et de ce que Cron a vécu depuis. Mais dans le cours du temps, le caractère du texte change. Une fois que le passé et le présent se sont rejoints, les mémoires se transforment dans une espèce de journal. Cron y documente les anecdotes, les lettres reçues et envoyés. Il copie des textes comme des chants ou des citations de pièces littéraires et même un discours de Victor Hugo. Aussi il exprime ses sentiments et raffermit ses convictions politiques. Ce monologue est toutefois interrompu par des passages où il s’adresse à ses enfants ou son père, presque comme dans une lettre. J’ai apprécié les détails qui donnent des indications sur le déroulement des procès et des parcours des prisonniers ou la vie quotidienne des déportés. Ils restent toutefois fragmentaires. Cela vaut en particulier pour la vie à l’île des Pins. Les références à la terre de déportation restent peu abondantes, surtout si on les compare avec le récit des faits antérieurs, ce qui peut être témoigne de l’état d’aliénation et de l’ennui dans lequel se trouvait Cron. Ces cahiers sont toutefois un fort témoignage de la tentative d’un vaincu de la Commune de survivre dans ces conditions peu favorables, de garder un sens dans cette période d’inanité.

Ce qui distingue le texte de Cron d’autres textes est surtout son immédiateté. Il n’est pas réédité pour la publication ni pensé pour être envoyé par la voie postale. On ne trouve donc aucune autocensure ou restriction d’autre genre. En plus, considérant que Cron est toujours déporté quand il écrit ces lignes, il n’est pas astreint aux évènements qu’il décrit, mais se trouve toujours dans leur intérieur.

L’intérêt ne vient pas seulement de ce que Cron raconte, mais aussi de comment il se positionne par rapport aux évènements racontés, de comment il les classe et les évalue. Ce qui est surprenant est combien Cron se montre critique de la Commune et ne cherche pas à l’idéaliser devant la postériorité. Il critique surtout le manque d’organisation, l’expertise manquante des acteurs principaux, mais aussi l’intégration de gens questionnables ou même délinquants. Son jugement est également sévère par rapporte à l’exécution des deux généraux le 18 mars, et plus tard celle des otages :

« Comment vous, Républicains, aujourd’hui vous brûlez publiquement la guillotine parce que vous trouvez ignoble que la justice humaine (soi-disant) réponde par un assassinat à un autre assassinat, mais le lendemain vous ne guillotinez plus c’est vrai, mais vous fusillez des masses dont la majorité ne vous a jamais rien fait de mal.
Ce que vous trouvez injuste chez le juge […], le trouveriez-vous juste […] quand c’est fait par vous ?
Vous vous battez pour votre liberté dites-vous, mais alors voudriez-vous enchaîner celle de vos frères qui ne pensent pas exactement comme vous ?
Non ! Républicains ou soi-disant tels, commencez par prouver que votre gouvernement est le plus beau, le plus juste, loyal et le plus économique de tous les autres gouvernements, qu’il protège, qu’il régit & qu’il administre de la manière la plus juste, qu’il ne vit que par la volonté de la majorité nationale […]et en faisant droit aux réclamations justes et loyales d’une minorité quelconque. » (61)

Et il semble voir même une coresponsabilité des dirigeants communards pour les milliers de fédérés morts pendant la semaine sanglante, surtout de la part de ceux qui s’enfuient pour sauver leur peau au lieu de se battre jusqu’à la fin :

« Gens incapables ou brutes sauvages qui traînez derrière vous cette foule affolée chassée de ses quartiers, que tout le sang versé tombe sur vos têtes, gardez-en la responsabilité, mais ne revenez plus […]. Votre valise est prête, votre chemin est frayé, vous allez quitter la lutte que vous avez enflammée vous-mêmes pour mieux satisfaire votre cupidité, vous allez abandonner ces pères de famille qui ont eu la bonhomie de croire à vos paroles hypocrites. Ils sont là, ces hommes, vos victimes. Là, les voyez-vous ? En voilà un, deux, dix, vingt, cent, mille et mille qui tombent derrière la barricade qu’ils défendent pendant que vous liez les cordons de vos… bourses pour les abandonner lâchement ou dernier moment et aller vivre tranquillement à l’étranger […] !
Entendez-vous les plaintes et les gémissements des veuves et des orphelins dont le mari et père vient d’être tué ? Leur donnerez-vous au moins du pain ?
Entendez-vous ces fusillades de masses d’hommes traînés à votre suite qui sont tombés entre les mains de cette soldatesque ivre de sang et d’eau-de-vie, qui a perdu jusqu’à son instinct humain et qui fusille, fusille et fusille encore !!!… » (59)

Mais encore plus il accuse évidemment les soldats versaillais :

« Oui ! Généraux, officiers, sous-officier et soldats français, vous êtes courageux jusqu’à la férocité quand vous avez devant vous un peuple aveuglé, abandonné de ses chefs et surtout inexpérimenté ; quelle gloire et quels honneurs avez-vous acquis dans ces mémorables journées de Mai 1871 ?
Si en 1870, vos généraux et officiers avaient seulement montré la 10ème partie du courage qu’ils ont montré à l’entrée de Paris ; savez-vous ce qui serait arrivé ? » (59-60)

Ceci lui a été aussi reproché lors de son procès, se référant à des écrits précédents :

« Enfin Cron est un homme des plus dangereux car après la chute de la Commune à laquelle il avait pris une si large part comme combattant, il a prouvé qu’il était aussi un révolutionnaire convaincu en rédigeant un cahier intitulé : Les Idées d’un Démocrate alsacien dédiées à ses enfants et à la Génération future. Cahier où Cron, après avoir traité les soldats d’égorgeurs et d’assassins, pose les bases et les principes d’une nouvelle révolution. » (241)

Toutefois, malgré ses déceptions et la répression féroce, Cron reste fidèle à ses idéaux et convaincu d’avoir fait la chose juste :

« Je n’ai jamais failli à l’honneur et soyez assuré que jamais votre fils Camille ne tachera votre nom […]. Ce que j’ai fait, je l’ai fait par amour pour mon sol natal et par conviction, je l’ai fait pour arriver à mener un meilleur sort pour cette masse que l’on appelle les ouvriers, nos ennemis nous ont vaincus, tant pis pour nous mais au moins cette lutte sanglante qui a duré 71 jours n’aura pas été inutile à la cause du peuple car elle a voulu d’abord l’anéantissement de tous les projets de restauration monarchique en France et la proclamation définitive de la République, ensuite les franchises municipales de Paris qui a toujours été maintenu jusque-là, sous  la tutelle gouvernementale. Voilà mon père ce que nous avons fait et je suis certain que sous ce rapport vous savez bien que votre fils a fait son devoir de citoyen et que au lieu de le blâmer, vous en êtes fier. » (95-96)

Au-delà du jugement moral, la Commune est présente dans le récit de Cron surtout à travers ses expériences de la guerre civile.

Les réflexions de Cron sur la guerre, ou plutôt les guerres, m’ont frappées par leur actualité. Ainsi il écrit après avoir appris des bruits sur une nouvelle guerre en Europe :

« Je ne fais qu’un vœu, c’est le maintien de la paix. A qui rapporte la guerre ? Aux monarques et leurs satellites qui trempent leurs mains d’assassins dans le sang, ensuite les essuyent avec l’or des peuples vaincus. Quand viendra le jour où les peuples comprendront tous que les rois ne sont pas plus d’un homme et que la guerre commandée par eux n’est qu’un crime fratricide ? […]
Les pères et mères enseigneront-ils bientôt à leurs enfants leurs droits et leurs devoirs ?
O ! alors les enfants se diront, nous sommes au monde pour être utiles à nos parents et à nos concitoyens, aucun homme au monde n’a le droit de me forcer de quitter les pauvres vieillards qui m’ont donné le jour, me faire partir loin de mes foyers, me jeter dans un champ de bataille vis-à-vis d’autres malheureux, comme moi, et nous faire assassiner les uns les autres le plus possible et cela pour la plus grande gloire d’un monarque sanguinaire et bestial .
Non ! Quand tous les enfants connaîtront les Droits de l’Homme, nous n’aurons plus de guerre et par cela même plus de tyrans !
Les mots Patrie, Honneur, Gloire et Frontière n’ont été inventés que pour l’animosité des nations les unes contre les autres et ce qui fait la force des oppresseurs, la division des peuples les laisse regner tranquillement mais le jour où les nations traverseront les ruisseaux qui les séparent et se tendront fraternellement la main, ce jour-là le règne des vautours et d’autres oiseaux de proie à figures humaines sera terminé et la Paix maintenue éternellement dans l’Univers, alors, peuples il n’y aura plus de patries, plus de peuples, plus de frontières, il n’y aura que des hommes, l’univers et le bonheur de tout le monde par conséquent. Vive la Paix !» (141-142)

Ces six cahiers, dont le troisième a malheureusement été perdu, enrichis par les documents du procès et des nombreuses annotations nous donnent donc des aperçus précieux au temps tourmenté que leur auteur a vécu. Leur publication donne une voix au protagoniste du récit, ce communard si peu connu, une voix qui partage des pensées avec nous qui sont en partie toujours si pertinentes même en 2022.  

L’histoire d’une fille qui découvre le secret de sa propre histoire (Alice Alénin – Rouge de Sang)

En 1888, Aurore Brisson a 17 ans. Elle est orpheline, ses parents sont morts peu après sa naissance. Par conséquence elle a été élevée par son oncle et sa tante, la sœur de sa mère. C’est une famille bourgeoise, l’oncle en particulier semble avoir beaucoup d’influence. Jusqu’à présent, Aurore n’a jamais questionné sa vie. Elle a même consenti à un mariage arrangé dans le proche avenir. Elle joue simplement le rôle qui lui a été assigné comme fille bourgeoise.
Tout à coup tout devient différent quand une série d’évènements et découvertes met toute la vie qu’elle a vécue jusqu’à ce moment en question : l’histoire sur ses origines, le monde dans lequel elle bougeait, ses convictions… Depuis cette révélation elle se met en quête de la vérité sur la mort de ses parents qui, comme elle découvre, sont morts à cause de la répression de la Commune. Le long du chemin Aurore rencontre Louise Michel qui l’aide à trouver le frère de son père dont la sincérité et la bonté émeuvent Aurore car elle n’est pas habituée à cela à la maison. Encore et toujours, son chemin se croise avec celui de Raphaël, un jeune ouvrier. Les deux ont plus de choses en commun qu’ils le pensent au commencement et vers la fin du livre, elle commence à découvrir qu’elle éprouve ces émotions pour lui, qui ne veulent pas se former par rapport à son fiancé. Dans la nouvelle bonne, Victoire, enfin elle trouve une confidente et une amie. Pas après pas, elle commence à trouver son propre chemin.
Au-delà de cette découverte de soi-même, ce coming of age, et les aspects historiques de la Commune en rétrospective jusqu’à l’affaire Dreyfus en épilogue, ce livre se lit presque comme un roman policier. En fait, dans la volonté de découvrir son propre histoire, Aurore devient détective sans le savoir et découvre un terrible secret qui l’expose à un danger de mort…

Puisque le livre a lieu en 1888, la Commune de Paris se trouve surtout dans les rétrospectives, mais aussi dans le prologue du livre raconté à travers la perspective des parents d’Aurore. Dans peu de pages, l’autrice réussit à transmettre dans une manière croyable les émotions des communard(e)s qui comprennent que dans quelques secondes tout ce pour quoi ils se battent sera perdu pour toujours, et leurs espoirs sont détruits.
La mère d’Aurore reçoit une voix aussi à l’intérieur du livre, par les passages de son journal intime et par la lettre adressée à sa fille. Le journal donne une vue globale sur la Commune aux lecteurs et lectrices. Encore une fois il s’agit d’un livre pour les jeunes, donc c’est probablement la première fois qu’ils apprennent quelque chose sur cet évènement. Il n’est pas très élaboré, mais dans le même temps il apporte beaucoup de plus qu’une simple chronologie des évènements, car ils sont racontés d’une manière subjective et la mère les commente et y joint ses propres impressions. On apprend les espoirs d’une mère communarde d’un nouvel monde dans lequel sa propre fille grandira et les déceptions et les craintes qui augmentent toujours plus quand la guerre s’intensifie. Ce qui est particulièrement impressionnant est qu’elle n’hésite pas à critiquer les mesures de la Commune avec lesquelles elle n’est pas d’accord, comme le décret des otages.
Même s’il s’agit d’un livre de jeunesse, le roman ne cache pas les horreurs de la répression versaillaise, mais à cause de la narration rétrospective il n’y a pas de scènes trop graphiques. Ici ou là le livre est toutefois plus triste encore que la réalité historique, en particulier dans le sort de la mère qui est condamnée à mort en novembre 1871 et exécutée. D’après ce que je sais, une fois passé le temps des exécutions sommaires, les Versaillais n’osaient pas à exécuter d’autres femmes, même si Louise Michel avait demandé de partager le sort de ces compagnons d’armes masculins. Si je ne me trompe pas, il y avait certes des femmes condamnées à mort, mais toutes ont eu leurs peines commuées en travaux forcés.
La lettre à Aurore de sa mère à la fin du roman est également très touchante, une lettre qu’elle lui avait adressée avant d’être exécutée. Cette lettre me faisait penser à une autre lettre de ce même genre, écrite par une mère qui attendait le même sort. Il s’agit de Milada Horáková.

Parfois le roman reste un peu trop dans le contraste entre classe ouvrière et bourgeoisie, entre bon et mal, même s’il s’agit beaucoup de surmonter ces mêmes préjudices et contrastes de classe. On oublie un peu que la réalité sociale était beaucoup plus complexe.

Parfois j’aurais désiré un peu plus de profondeur dans la narration. Cela vaut évidemment surtout pour la partie sur la Commune. Les entrées du journal intime de la mère par exemple sont très brèves et concises, ce qui permet une vue globale sur la Commune comme évènement et comme expérience, mais on ne peut pas vraiment s’y immerger. Une chose que j’espère toujours trouver dans ces romans est une révélation sur comment il était de vivre la Commune, mais ce n’est pas facile à découvrir malheureusement, car le quotidien est une des choses plus difficiles à reconstruire car il nous manque de témoignages directs, de vraies entrées de journal de communard(e)s sur leur expérience de la Commune jour après jour. C’est une chose que j’essaye de comprendre, moi aussi, à travers mon imagination, mon possible futur roman, mais c’est une chose où j’ai aussi des difficultés.
Aussi j’aurais aimé suivre encore Aurore dans sa nouvelle vie, voir comment elle réussit à trouver son propre chemin. Et j’aurais voulu connaitre mieux l’oncle paternel, quel était son rôle dans la Commune, s’il a été déporté, lui qui était aussi sur la liste des prisonniers. Et je regrette aussi qu’on ne découvre pas comment les parents d’Aurore se sont connus.

Une lettre d’un communard inconnu et la recherche de son histoire

Récemment j’ai redécouvert une lettre écrite par un communard détenu sur un ponton en septembre 1871. Je l’ai trouvée digitalisée sur internet, parce qu’elle était vendue avec d’autres documents similaires, tous liés à la détention et la déportation des communards. Des extraits sont disponibles ici : https://www.rouillac.com/fr/lot-399-118080-guerre_1870_1871_commune_paris_arrestations

Voilà la lettre :

Et voilà une transcription adaptée (de la partie que je suis réussie à lire) :

Ile d’Aix le 11 7bre 1871
Chers parents,
Je vous écris ces deux mots pour vous dire que je suis à bord de l’Orne. Je me porte assez bien pour le moment. Ne vous chagrinez pas. Embrassez Louise et le petit Louis. Envoyez-moi du papier dans votre lettre car je n’ai pas un sou. Rien de plus à vous dire pour le moment. Je vous embrasse tous de tout cœur. Votre fils pour la vie Louis Colson
A bord de l’Orne dans la rade de l’ile d’Aix
Charente Inférieure

J’ai lu cette lettre plusieurs fois déjà, essayé de la comprendre de toutes les façons. Mais cette fois je me suis dit que je vais essayer de trouver des informations sur celui qui l’a écrite.

Grâce à la base de données https://communards-1871.fr/ j’ai réussi à identifier l’expéditeur de la lettre comme Louis Colson, né en 1850. Là j’ai aussi découvert qu’il existe de lui un dossier dans les Archives nationales d’Outre-mer, ce que veut dire qu’il a été déporté. Ce dossier est disponible sur internet ici et m’a donné des nouvelles informations à son propos. J’ai alors découvert qu’il a été condamné à la déportation dans une enceinte fortifiée et à la dégradation militaire parce que le 18e conseil de guerre l’a retenu coupable « 1° de désertion à l’intérieur d’un territoire en état de siège ; 2° d’avoir porté publiquement un uniforme et une arme apparente dans un mouvement insurrectionnel et d’avoir fait usage de cette arme ». J’ai aussi pu déduire que l’accusation de désertion est liée au fait qu’il était un soldat. Le dossier indique que Colson est arrivé en Nouvelle-Calédonie à la fin de septembre 1873 par le Calvados. Quelque mois avant, sa peine a été commué en déportation simple. En 1874, il a obtenu l’autorisation à habiter à Uarai ou Urai. En août 1875 sa conduite et son travail sont considérés passables. En Octobre de la même année cependant il est noté « Paresseux. Ivrogne. A abandonné sa concession ». Si j’ai bien compris, cette évaluation a contribué à son retour à l’ile des Pins. En 1879 il a toutefois été gracié et est reparti pour la France en juin de la même année par la Picardie.

Louis Colson a aussi une entrée dans le Maitron, qui reste incomplète, mais fournit des nouvelles indications sur la vie de notre communard.

J’ai découvert comme ça des nouvelles informations sur ses activités pendant la Commune :

Soldat de la classe 1870 au 23e bataillon de chasseurs, il était, le 17 mars 1871, caserné au Mont-Valérien et se rendit à Paris ; il y fut fait prisonnier le lendemain, dit-il, et libéré le 26 ; il s’enrôla le 13 avril dans la 4e compagnie de marche du 185e bataillon de la Garde nationale et fut nommé fourrier le 18 mai ; il fit une chute de cheval, le 20 mai, et fut transporté à Bicêtre ; il fut fait prisonnier le 25.

Sur sa détention et déportation l’article reporte les indications suivantes :

Il fut incarcéré à Rochefort et le 18e conseil de guerre le condamna, le 5 juillet 1872, à la déportation dans une enceinte fortifiée et à la dégradation militaire, peine commuée, le 16 janvier 1873, en déportation simple, et remise le 15 janvier 1879 ; il rentra par la Picardie.

Mais une chose en particulier a suscité son attention :

Il s’était marié le 10 septembre 1872 à la mairie du XIIIe arr. et avait reconnu un fils né à Paris le 2 mars 1870 ; sa femme le rejoignit en Nouvelle-Calédonie et eut un deuxième enfant.

Cette découverte m’a tellement rendu curieuse que je n’ai pas hésité à rechercher l’acte de mariage dans les Archives de Paris. Et avec les informations détaillées de l’article je l’ai trouvé rapidement. J’espérais de trouver des réponses a des questions diverses, lié aux informations que j’avais trouvé. Est-ce que Louise et le petit Louis mentionnés dans la lettre sont son épouse et le fils qu’il reconnait lors du mariage ? Et comment est-il possible que Colson ait pu se marier à la mairie du 13e arrondissement de Paris quelque mois après sa condamnation à la déportation ?

Voici l’acte de l’état civil :

Ainsi j’ai découvert que l’épouse s’appelle en fait Louise Nicole Anneçon et leur fils François Louis. En outre la composition des témoins indique que Louis Colson n’est pas entièrement en liberté même s’il lui est autorisé de se rendre à la mairie. En fait deux d’entre eux ont comme profession « inspecteur de sûreté ».

J’ai aussi trouvé un passage qui distingue cet acte des autres que j’ai consulté dans les derniers mois et qui datent en particulier du temps de la Commune. C’est que les certificats de baptême ont été nécessaires pour confirmer les dates de naissances affirmées par les parents. Je m’imagine que c’est parce que les deux époux sont nés à Paris et donc leurs actes de naissance ont été détruit par l’incendie de l’Hôtel de Ville à la fin de la Commune.

Encore une fois je reste tellement enchantée de combien de détails et informations historiques on peut trouver dans des documents apparemment insignifiants comme une lettre et un acte de mariage.

P.S.

Quand cet article était en attente de publication, j’ai découvert que les actes de l’état civil de la Nouvelle-Calédonie sont également numérisés. Et naturellement j’ai commencé à les feuilleter. Et puis, tout à coup, je trouve l’acte de naissance du deuxième enfant de Louis Colson, Gabriel Louis, né à l’ile des Pins en 1877.

Espoir et angoisse d’un communard amnistié : La Traversée de Gérard Hamon

Quoi faire après l’amnistie? C’est une des questions que se pose le protagoniste du livre de Gérard Hamon. Ce roman se présente sous la forme d’un journal rédigé par un communard amnistié pendant le voyage de retour. Il contient des détails du voyage, mais c’est aussi une forme de réflexion psychologique. En fait le protagoniste non nommé (ou plutôt anonymisé, il s’appelle en fait *** ***) se trouvait dans un état qui se peut considérer presque comme une hibernation qui a duré plusieurs ans. Ce n’est qu’avec l’amnistie et ce voyage de retour qu’il semble avoir complètement repris conscience de son existence qu’il explore avec les pages écrites non pas pour être publiées mais pour regagner et comprendre mieux le sens de son propre passé, présent et futur.

Encore une fois nous retrouvons une relation intéressante entre fiction et réalité historique. Tous les déportés que le protagoniste rencontre sont réels. Le même vaut aussi pour le commandant du navire. L’auteur a consulté les dossiers et beaucoup de sources, en particulier en ce qui concerne les conditions de transport des déportés pendant les voyages de l’aller et du retour. L’auteur décrit ce processus de recherche à la fin du livre. Là on découvre aussi que le protagoniste est aussi inspiré par un communard réel.

En particulier, le voyage à bord du Var est évoqué avec une précision très réaliste et tangible. Le même vaut pour les informations retrouvables dans les dossiers. Cependant les références à la déportation et à la Commune restent beaucoup plus vagues. La déportation est décrite en particulier comme une période d’inertie et de repli sur soi même. Elle n’est racontée que dans des épisodes isolés et des réflexions généralisées. Le temps de la Commune est aussi peu concrétisé. C’est une période de grand espoir pour un homme qui s’est laissé entrainer par la foule avec laquelle il a partagé certains espoirs et convictions. Mais pendant tout ce temps il n’a pas eu la possibilité de comprendre toute la dimension de ce qui a été la Commune. A part quelques idées c’est surtout la guerre civile qui reste dans la mémoire du protagoniste et qui le poursuit même dans des cauchemars. Les relations temporelles des faits de la Commune évoquées dans les écrits du narrateur et les fragments de dialogue qu’il cite restent confuses et vagues, dans des cas isolés fausses ou au moins très improbables. Ce dernier vaut en particulier pour des femmes qui se lancent sur les généraux Lecomte et Clément-Thomas et veulent venger leurs maris « massacrés par les Versaillais ». J’ai d’abord pensé qu’il s’agissait d’une simple erreur de dénomination, et qu’il se réfère peut-être aux évènements de juin 1848 dont l’implication de Clément-Thomas est évoquée quelques pages avant. Mais ce ne peut pas être le cas parce qu’il s’agit d’une chose qui doit s’être passée très peu de temps avant, puisqu’une femme « exposa sous le nez de Lecomte la plaie fraîche […] de la morsure de la balle du fusil d’un soldat assaillant alors qu’elle tentait de venir en aide à son mari mortellement blessé. » Cet épisode aurait donc dû avoir lieu le 18 mars même ? De ce que je sais il n’a pas eu de massacres commis par les Versaillais ce jour-là, mais je me laisse volontairement convaincre autrement par des sources plus fiables qu’un roman. Il reste donc ouvert s’il s’agit d’une erreur de recherche, une libre interprétation du fait que le général Lecomte a ordonné de tirer sur la foule (a-t-il eu des soldats qui ont effectivement tiré ?) ou c’est peut-être le résultat de la mémoire confuse et peu fiable des personnages avec ces 8 ans de distance. Dans le même passage il y aussi des hésitations sur les noms des généraux qui sont appelés une fois Lecomte et Thomas, puis deux fois Lecomte et Clément et enfin Clément et Thomas.

En tout cas il s’agit d’un livre intéressant à lire qui contient tous les souvenirs, les souffrances mais aussi les espoirs d’un groupe de communards inconnus. En le lisant nous partageons avec eux les privations d’un voyage en mer, l’ennui de mois passés dans l’attente. Peu à peu nous découvrons leurs histoires, qui sont pleines de souffrance, de familles déchirées, de guerre et de mort. Mais nous découvrons aussi quels sont leurs compétences, leurs idéaux avec lesquels ils n’ont pas rompu malgré tout. Les conditions du voyage ne sont pas faciles, mais cette fois c’est un retour, c’est un trajet guidé par l’espoir et par la libération. De plus en plus la mémoire des souffrances endurées est remplacée par la curiosité envers ce qu’ils retrouveront en France. Cette curiosité est pleine de craintes mais aussi d’espoir. C’est ainsi que le livre se termine, dans l’incertitude quand même rassurante de communards amnistiés, déportés redevenus citoyens.

Hamon, Gérard. La Traversée: Retour de bagne d’un communard déporté. Rennes: Éditions Pontcerq, 2016.

Discussion du livre sur le site des Ami(e)s de Henri Guillemin

Pour ceux qui aimeraient maintenant savoir comment le voyage de retour a été vécu par un communard réel, le journal de Jules Renard est disponible librement sur Gallica.

Un roman, deux perspectives sur la semaine sanglante

Comment raconter les horreurs de la semaine sanglante ? Cette question préoccupe tous ceux qui ont entendu parler de l’écrasement de la Commune et veulent que les gens sachent la vérité sur ce terrible épisode de l’histoire française. Cela vaut en particulier pour les auteurs de la fiction communarde. A mon avis, le roman de Yvonne Singer-Lecoq est un exemple brillant de la réussite de cette entreprise. C’est un roman à la fois bien écrit et difficile à digérer à cause de son contenu réalistiquement amer.

La particularité de ce roman est que la semaine sanglante est racontée dans deux perspectives qui alternent. D’un côté nous avons une enseignante polonaise nommée Wanda qui est sans doute partisane de la Commune dans laquelle elle avait des grands espoirs. Son compagnon Nicolas, avec lequel elle partage la passion pour l’éducation, est membre de la Commune. Pendant ces derniers jours de la Commune elle aide à construire une barricade et prend soin des blessés. Avec elle nous faisons connaissance des habitants du quartier et en particulier de Flore et de son amant Victor qui commandera la barricade. Ici deux mondes différents de la Commune se rencontrent : d’un côté nous avons la polonaise exilée passionnée par l’éducation qui appartient à la modeste bourgeoisie et de l’autre l’ouvrière pauvre, illettrée, encore jeune mais déjà marquée par les conditions du travail, mère d’un petit enfant, vêtue en fédéré qui veut se battre comme les hommes. Et malgré ces différences les deux femmes deviennent des amies pendant cette semaine fatidique. A la perspective de Wanda s‘ajoute celle de Vincent, simple soldat versaillais, normalement ouvrier à la campagne. Lui, contre sa propre conscience, est forcé non pas seulement à percevoir des atrocités, mais aussi à les commettre. S’il avait refusé, lui aussi l’aurait payé de sa vie. Il en ressort traumatisé, comme on dirait aujourd’hui. Orphelin élevé par les curés et jusqu’à présent apolitique, il commence à se poser des questions. C’est très intéressant de suivre son propre développement personnel. Pour se consoler, Vincent pense sans cesse au grand amour de sa jeunesse. C’est Flore, qu’il a connue avant qu’elle soit partie pour Paris. Inévitablement les deux perspectives se rapprochent, se superposent le 28 mai sur la barricade de la rue des Envierges de Belleville avant de se séparer à nouveau et définitivement.

Les faits de ces événements sont présents d’une manière très détaillée et crédible. Tout ce qui est évoqué semble réaliste, rien n’est enjolivé. On se croit vraiment là, à Paris, à Belleville et ailleurs. Evidement comme toujours quand on raconte la Commune en partant par sa répression, la Commune vivante et avec elle ses espoirs et sa vitalité sont évoquées que par des fragments. Ce le rend difficile de la saisir, elle reste volatile, fugace.

Ce qui m’a impressionnée en particulier est combien l’autrice a eu soin de ne pas présenter une réalité en noir et blanc. Ni les communards, ni les versaillais ne sont pas une masse homogène. On signale en particulier la dispute entre Wanda, essentiellement antiautoritaire et croyante et communarde dans le même temps, et le blanquiste Nicolas à propos des otages. C’est encore plus évident chez les versaillais. Ce ne sont pas tous des monstres sanguinaires non plus. Le livre montre qu’il y a même des désagréments entre les généraux à propos des prisonniers. Il y a tout l’éventail de versaillais : il y a ceux qui se divertissent en chassant et fusillant ; il y a celui qui au commencement est indifférent aux massacres mais qui dit à la fin que c’est trop ; il y a Vincent qui questionne les méthodes de l’armée versaillaise dès du commencement de la semaine sanglante mais qui n’ose pas désobéir et il y a aussi ce soldat qui refuse de fusiller les prisonniers et qui est fusillé à son tour.

Même si le contenu est pesant, aggravé encore par les changements de perspective, c’est un roman très réussi qui transmet les évènements et leur réflexion dans les pensées et les émotions des acteurs et actrices d’une manière détaillé et crédible. Après Liberty’s Fire c’est le deuxième roman qui s’intéresse aux simples soldats versaillais et à l’effet qu’il fait sur leur conscience quand ils comprennent qu’ils sont utilisés pour commettre des atrocités, des crimes de guerre. Le livre a été publié en 1979, donc probablement il sera difficile de s’en procurer un. J’aimerais donc remercier la bibliothèque de Genève pour l’avoir rendu accessible pour moi. En tout cas il s’agit d’un ouvrage qui mériterait d’être redécouvert.

Singer-Lecocq, Yvonne. Votre pavé, citoyen: roman. Paris: Stock, 1979.

Eugène Varlin – příběh muže, který zemřel v boji za spravedlivější svět

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Eugene Varlin, zdroj

Rozhodla jsem se, že tento týden budu psát o Varlinovi. Právě jsem o něm přečetla biografii, a musím říct, že tento člověk na mě udělal takový dojem, že mi přijde přirozené o něm psát. Je opravdu obdivuhodné, čeho všeho Varlin ve svém krátkém životě dosáhl.

Eugène Varlin se narodil 5.října 1839 ve vesnici nedaleko Paříže. Jeho otec byl rolník. Doma se často mluvilo o politice. Byla to republikánská rodina. Varlin jako malý kluk směl chodit to školy, což tehdy ještě nebyla samozřejmost. Ale když mu bylo 13 let, musel začít pracovat. Nastoupil jako učeň u svého strýce, který byl knihařem v Paříži.

Po vyučení zůstal v Paříží. Pracoval v různých dílnách ve městě. Po roce 1865 se stal nezávislým knihařem a pracoval doma. To znamenalo větší svobodu, protože takto mohl svobodně rozdělit svůj čas, i když pravděpodobně to bylo kvůli tomu, že tehdy už byl natolik politicky angažovaný, že ho majitelé v dílnách nechtěli. Avšak neměl problémy sehnat zakázky, a byl dokonce jedním z nejlépe placených knihařů v Paříži, což svědčí o kvalitě jeho práce.

V roce 1859 měl původně narukovat na vojnu, ale nakonec nemusel ze zdravotních důvodů.

Varlin ale knihy nejen vyráběl, také je rád četl. Brzy si uvědomil, že jeho vzdělání má mezery. Spolu s bratrem si doplňoval své znalosti ve volném čase tím, že chodil na kurzy francouzštiny, geometrie, stenografie, latiny, účetnictví. Za výkony v těchto kurzech dokonce získal několik ocenění. Navíc se učil zpívat a byl v jednom sboru. Taky zkoumal sociální a právnické otázky.

Od začátku se angažoval v obnovujícím se dělnickém hnutí. Stal se členem spolku vzájemné pomoci knihařů. V letech 1864 a 1865 byl jedním z organizátorů stávek knihařů. V dalších letech zakládal nejdřív La Ménagère, stravovací sdružení, kde na začátku dokonce dělal všechno sám: vedl účetnictví, organizoval chod společnosti. Pak už začal pracovat na dalším projektu: družstevní jídelně, kde dělníci mohou jíst za dostupnou cenu a scházet se spolu. Projekt pojmenovaný La Marmite se skutečně podařilo realizovat i když trval určitý čas kvůli komplikacím spojeným s jeho politickým pronásledováním. Brzy po založení Mezinárodní asociace pracujících (První internacionála) se stal jejím členem. Hodně času strávil tím, že cestoval po Francii a získával nové stoupence nebo sbíral peníze pro stávkující dělníky a pomáhal jim na místě.

Brzy začal pracovat také jako novinář. Nejdřív měla část francouzské sekce internacionály vlastní noviny, Tribune ouvrière. Noviny byly koncipované jako publikace otevřená pro dělníky, kteří chtějí vyjádřit svoje nápady a znalosti. Měly tím přispět k pronikání intelektuální kultury do lidového prostředí. Ty noviny bohužel přežily jenom krátce, nedokázaly čelit pronásledování režimem. Ovšem už po několika letech začal Varlin znovu psát články, tentokrát do rubriky dělnického hnutí v možná nedůležitějších opozičních republikánských novinách.

U Varlina je pozoruhodný také jeho postoj k ženám a jejich emancipaci. Zatímco většina v internacionále byla podle vzoru Proudhona stále ještě přesvědčená, že žena je ve srovnání s mužem nevyvinutá bytost a že její správné místo je doma u rodiny, Varlin tvrdil, že i žena má právo pracovat, a že je to jediná cesta k její svobodě, protože tím může být nezávislá na muži. Taky se postavil za stejnou odměnu za stejnou práci, požadavek, který i 150 let po jeho smrti bohužel stále není skutečností. Varlin o takových sociálních a politických otázkách nejen diskutoval, ale je převzal do praxe, protože mu záleželo na tom, aby se už tehdy připravily základny pro novou společnost. Jak vážně bral tehdy rovnost pohlaví je vidět i v tom, že v Marmite Natalie Lemel měla vedoucí postavení. Taky v dalším spolku knihařů, který byl založen díky inciativě Varlina a fungoval jako odborová organizace a zároveň jako podpora v případě nemoci nebo nezaměstnanosti, byla Lemel zvolena do administrativní komise. To bylo možné, protože ve stanovách spolku, které redigoval Varlin, je zaručena rovnost práv knihařů a knihařek.

Kvůli své politické angažovanosti byl Varlin během vlády Napoleona III i několikrát trestně stíhán. V roce 1868 byl v druhém procesu proti internacionále odsouzen ke třem měsícům vězení a pokutě 100 franků. V roce 1870 jenom náhodou unikl dalšímu zatčení. Nakonec byl ale zase odsouzen k vězení, i když v nepřítomnosti, protože utekl do Belgie.

Po pádu císařství se znovu vrátil do Francie. Tehdy byla vyhlášená republika. Zároveň byla ale v plném proudu válka proti Prusku, kterou začal ještě císař Napoleon III. Proto určitou dobou působil jako velitel 193. praporu národní gardy.

V listopadu 1870 pak neúspěšně kandidoval do funkce náměstka starosty jednoho městského obvodu. Nakonec ho ale jeho kamarád Malon, který byl v těch volbách zvolen náměstkem v jiném obvodě, jmenoval svým spolupracovníkem. Tím se najednou stal zodpovědným za zásobování celého obvodu, což nebylo v tehdejších podmínkách vůbec jednoduché, ale on to docela dobře zvládl. Člověk musí brát v úvahu, že Paříž tehdy musela několik měsíců čelit oblehání pruskou armádou. Varlin organizoval městské jídelny a podporoval zřízení několik krejčovských dílen, kde byly zaměstnány ženy bez prostředků, a které podporoval také během Komuny.

V únoru 1871 znovu neúspěšně kandidoval, tentokrát do Národního shromáždění.

18.března se aktivně zúčastnil povstání proti vládě, která se tehdy pokusila zabavit děla národní gardy. Jako člen ústředního výboru národní gardy se tehdy aktivně angažoval v nejednoduchém jednání se zvolenými starosty atd. Hodně mu zaleželo na tom, aby se našel nějaký kompromis, což se nakonec stalo: dostali jejich podporu pro městské volby.

Spolu s Jourdem převzal odpovědnost za finance až do voleb. Při dalších náročných jednáních s bankami se jim podařilo aspoň získat peníze nutné pro zaplacení žoldu národním gardistům.

Ve volbách, které se konaly 26. března byl zvolen hned ve třech obvodech do rady Komuny.

Varlin byl velmi aktivní člen Komuny s řadou odpovědností. Jako zvolený zastupitel obvodu sloužil svatby, a podepisoval úmrtní listy a rodné listy. Zároveň byl členem různých komisí, nejdřív finanční, pak pro obživu a nakonec správní. Určitou dobou byl také generálním ředitelem vojenského zásobování a údržby. Nesmíme zapomenout, že už od začátku dubna Komuna byla ve válce s versaillskou vládou, která novou radu neuznala. Varlinovi velmi záleželo na tom, aby všechno probíhalo zákonně a spravedlivě. Zároveň chtěl zajistit, aby nikdo nebyl nespravedlivě stíhán za zneužití pravomoci.

Ovšem Varlin nebyl aktivní jen v komisích. Taky intervenoval na schůzích Komuny. Hned na začátku, na první schůzi zdůrazňoval důležitost zastavení prodeje objektů v zastavárně. Navíc spolu s Assim navrhl dekret o nájemném. A také trval na tom, aby dekrety, které zlepšovaly situaci pracujících, byly co možná nejrychleji uskutečněny.

V polovině května podepsal manifest menšiny proti autoritativní tendenci v Komuně, které začátkem měsíce vyústily v založení tzv. Výboru veřejného blaha. Tím vlastně potvrdil své přesvědčení, které vyjádřil už v článku napsaném před Komunou, že budoucí společenské zřízení nesmí vyústit v autoritativní centralismus.

21. května 1871 pronikla Versaillská armáda do Paříže a začala potlačovat Komunu. Varlin celý následující týden bránil svou revoluční vládu na barikádách. 25. května nahradil Delescluze, který se úmyslně nechal zabít na barikádě, jako zmocněnec pro válku. V následujících dnech se pokouší ze čtvrtí Belleville, na severovýchodě města, koordinovat poslední odpor.

Mezitím se chtěl rozhořčený dav pomstít za masakr komunardů (a obyvatelstva města obecně) spáchaný versaillskou armádou tím, že zastřelil lidi zatčené během Komuny. Varlin a další zastupitelé Komuny se tomu pokusili neúspěšně zabránit.

28. května se Varlin stále ještě nacházel u jedné z posledních barikád Komuny a bojoval. Nakonec se mu podařilo utéct, ale ne na dlouho. Vyčerpán, tak jak byl, si sedl nakonec na lavičku. Tam byl ovšem poznán, udán, a nakonec i zatčen. Bez řádného procesu byl ještě ten samý den zastřelen, stejně jako tisíce známých i neznámých zastánců Komuny, a dokonce i obyčejných občanů, kteří neměli s Komunou nic společného.

Bylo mu tehdy necelých 32 let. Ve svém krátkém životě dokázal mnohem víc než spousta jiných za mnohem delší dobu. A v mnoha ohledech jsou jeho myšlenky a jeho činy i dnes, 150 let po jeho smrti, neuvěřitelně aktuální.

Quelle émotion feuilleter dans l’état civil de Paris du printemps 1871

Une chose fondamentale, si on commence à s’occuper de la Commune dans le sens plus profond, une fois découvert les évènements principaux, est le désir d’apprendre aussi comment c’était la vivre. Ceci malheureusement est plus difficile que découvrir les évènements. On doit rechercher de plus, tout en découvrant que beaucoup de ceux qui ont vécu la Commune et qui l’ont animée n’ont pas laissé beaucoup de traces disponibles au-delà du temps.

Une méthode pour me connecter à la Commune sont les actes de l’état civil. Plusieurs fois déjà je me suis perdue en les feuilletant. Grâce aux Archives de Paris qui les ont digitalisés et rendus donc accessible à tous, c’est facilement possible de la maison.

Il s’agit de documents beaucoup moins révolutionnaires que autres sources conservées du temps de la Commune, comme les affiches et les journaux. En fait on observe une certaine continuité avec le temps avant et après la Commune. Quand même les actes de l’état civil nous peuvent illustrer aussi beaucoup des choses. Ces documents d’un travail banal et quotidien, mais également important, représentent en fait en manière assez symbolique l’histoire de la Commune.

Ils témoignent de la vie quotidienne d’une ville dans des temps peu ordinaire. C’est de l’histoire vivante, d’une ville où on nait, on se marie, on meurt, même si parfois les circonstances sont particulières. Ils témoignent d’une administration qui fonctionne malgré tous les défis auxquels la Commune doit faire face dans le même moment. Et malgré la reprise de la forme des actes avant la Commune, on retrouve quand même des témoignages du temps dans lequel on se trouvait. Dans plusieurs arrondissements les membres de la Commune agissants en tant que officiers de l’état civil sont introduits comme tels dans les actes. Puis il y a aussi des petites adaptations symboliques comme une mairie qui devient maison commune. Le nom fait évidemment référence à la Commune, mais en ne l’appelant pas maison communale (« maison de la Commune », nom diffusé ici en Suisse pour les administrations municipales), mais maison commune (donc « maison de tous, maison que nous partageons ») une valeur symbolique très caractéristique est évoquée. Et puis on a évidemment les signatures des membres de la Commune.

Dominique Régère introduit comme membre de la Commune dans un acte de mariage
La maison commune du 13e arrondissement

Mais les actes de l’état civil ne documentent pas seulement la vie dans la Commune, mais aussi sa fin. On y trouve un angoissant nombre de décès à la fin de mai. En plus on a le document émouvant du mariage de Tony-Moilin condamné à mort, fait en urgence quelques heures seulement avant son exécution, dont j’ai écrit il y a quelque semaine. Mais la conséquence plus évidente de la répression de la Commune, qu’on trouve dans les actes de l’état civil, est celle de bâtonner les actes rédigés pendant la Commune. En fait c’est la première chose dont on s’aperçoit quand on les consulte. Qui veut s’occuper de ces documents authentiques de la Commune doit se confronter aussi avec cette tentative dans le même temps légale et graphique-symbolique d’invalider ces actes et avec eux dans un certain sens aussi l’expérience de la Commune comme telle.

Exemple de acte de naissance bâtonné

Quand je regarde ces actes, dans mon imagination un procès similaire à celui de la connexion avec les lieux s’effectue. Si visiter un lieu dans un certain sens peut me permettre de m’imaginer mieux comment c’était de vire là dans un autre temps, aussi la consultation de ces documents, même si seulement en forme virtuelle, peut activer des réflexions de ce genre. Quand je les regarde, je me rends compte que ce sont les mêmes documents, que les gens de la Commune ont aussi vu quand ils les ont remplis de mots, de noms et de signatures – les Varlin, Tony Moilin, Jean Baptiste Clément et tous les inconnu(e)s qu’on y trouve.

En essayant d’oublier pour un seul moment toutes les modifications suivantes, je commence à m’imaginer comme cet acte, en ce cas un acte de mariage signé pendant la Commune, a été signé. Et je commence à avoir tante envie de savoir comment avait été célébré un mariage pendant la Commune.

C’est aussi ce même jeu de pensée qui m’a fait remplir les yeux de larmes quand du coup j’ai vu Tony-Moilin conscient de sa mort imminente laisser une dernière trace écrite de soi en signant l’acte de son mariage.

Ça fait quelque mois désormais que je connais l’existence de ces actes digitalisés et encore j’aime les découvrir de nouveau et de nouveau. En concluant ce texte je vous invite donc à faire la même chose, à découvrir cette micro-histoire de la Commune dans les Archives de Paris. Elle est , accessible pour tous.

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L’état civil de Paris digitalisé par les Archives de Paris

L’article de blog de Michèle Audin qui m’a inspiré à réfléchir d’une manière plus approfondie sur ma relation avec ces actes de l’état civil

L’article de Michèle Audin sur l’état civil parisien et la Commune

Dans cette offre éducative des Archives de Paris sur la Commune il y a aussi une explication sur les actes d’état civil bâtonnés

Les lettres retenues par la censure comme source paradoxe sur la vie des déportés de la Commune

Je viens donc de lire un autre livre à propos de la Commune. C’est extrêmement émouvant car il s’agit de lettres de ou à déportés de la Commune. Il s’appelle « Lettres retenues – Correspondances censurées des déportés de la Commune en Nouvelle-Calédonie » et est édité par Virginie Buisson.

Le contenu de ce livre s’explique le mieux avec les mots de son éditrice:

„J’ai découvert une correspondance confisquée, des lettres retenues. J’ai lu des lettres d’amour, des lettres d’épouses et de mères, des lettres d’enfants. Ces lettres ne sont jamais parvenues à leurs destinataires, retenues par la censure, par l’arbitraire des gardiens. Par la mort des déportés, égarées dans l’errance des familles acculées à la misère en France“

Malheureusement le travail éditorial n’a pas toujours été fait avec le soin qu’on s’attendrait. Les lettres et les informations accompagnantes ne sont pas toujours assez contextualisés. Dans autres cas les informations dans les textes sont répétitives ou pas directement pertinentes au contenu. Même à l’intérieur des chapitres thématiques parfois les informations ne suivent pas une chronologie logique qui faciliterait la compréhension. Une préconnaissance à propos de la vie des déportés en Nouvelle-Calédonie est une précondition pour comprendre certaines références par exemple à l’intérieur des lettres. Aussi les citations et la bibliographie sont incomplètes.

Mais ces imperfections ne devraient pas distraire du travail important que l’édition de ce livre représente. Il rend accessible des lettres, des histoires d’individus, des informations directes sur les conditions de vie des déportés de la Commune qui autrement seraient restés cachées dans les archives. Il s’agit des lignes écrites pas pour un grand public, des lettres pas arrivées aux destinataires à cause de la censure. Mais si la censure alors a retenu des informations dont on ne voulait pas que les gens en savaient, d’un point de vu d’aujourd’hui paradoxalement elle les a sauvés. Si ces lettres avaient été distribués peut-être une mère aurait eu des nouvelles de son fils, mais probablement cette lettre n’aurait pas été conservée. Mais l’acte de la retenir, de la mettre dans le dossier du déporté aujourd’hui nous permet de gagner des informations précieuses sur la déportation. Il s’agit des lettres de charactère très divers. Je l’ai trouvé très émouvant de les lire. Donc si je conseille de lire ce livre, je recommande également de ne le pas faire dans le train comme moi, parce qu’il y avait des instants où j’ai eu des larmes dans les yeux.

Comme j’ai déjà dit, les lettres se diffèrent de toute façon. Il y a des lettres adressées à membres de la famille, mais aussi celles dirigées vers des entités officielles comme peut-être un ministre. Aussi les raisons pourquoi ces lettres sont conservées dans les archives probablement sont différentes, même si souvent on peut seulement les deviner. Il y a des lettres où il y a des passages très directes sur des évènements politiques, les conditions de la déportation où des autres choses qui ne semblent pas aller ensemble avec la morale du régime d’alors. Si dans ces cas le schème de la censure semble suivre un ordre logique, il y a des autres cas où les lettres semblent complètement inoffensives et la décision de ne pas les transmettre semble fruit de l’arbitraire. Dans autres cas les lettres sont conservées parce que le destinataire était décédé dans le moment où la lettre était transmise. Les lettres adressées aux ministères et autres institutions ont probablement été transmises, mais mises dans les dossiers pour l’archivage.

Les lettres les plus émouvantes ont été pour moi celles de membres d’une famille à un déporté dont ils n’avaient pas de nouvelles depuis des mois, suivis de la simple note écrite en marge qui indique que cet homme s’est suicidé le même jour de la date de la lettre envoyée à lui. La lettre où un déporté, privé de ses droits civiques, donne son approbation pour le mariage de sa fille, mais a besoin de la signature du gouverneur pour valider la sienne, est aussi restée dans ma mémoire. Le même vaut aussi pour une description très détaillée d’une habitation à l’île des Pins.

Mais ils sont les lettres dans leur ensemble qui forment un collage très coloré et multiforme, pourtant fragmentaire, de la vie des déportés à la Nouvelle-Calédonie. Le contenu et la présentation graphique du livre m’ont rappelé beaucoup le travail de Leo Spitzer sur les lettres des prisonniers de guerre italiens pendant la première guerre mondiale que nous avons consulté pendant un séminaire d’italien. Savant qu’il s’agit d’un choix de lettres et pas de toutes les lettres, j’aurais maintenant tant d’envie d’en lire encore, d’en lire toutes qui sont conservées.

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Buisson, Virginie. Lettres retenues – correspondance confisquée des déportés de la Commune en Nouvelle-Calédonie. Documents. Paris: Le cherche midi, 2001.

Dans un document sur la Nouvelle-Calédonie comme terre d’exil et terre d’asyle publié par la ville de Nouméa se trouve une contribution de Nicole Célestin sur le même sujet, avec des autres extraits de lettres et aussi des images.

De la relation entre l’histoire et l’espace ou l’importance des lieux dans la découverte de la Commune

Paris en Mai 1871, source

Comme j’ai déjà mentionné, une semaine plus tard il y avait une autre discussion avec les auteurs et autrices des livres sur la Commune. Son titre était « Comment raconter la Commune ». Même si le thème était très similaire et avec Ludivine Bantigny même une des intervenantes était présente à tous les deux évènements, la discussion a pris des autres directions. Parmi thèmes centrales émergés, celui de l’espace m’est resté particulièrement dans la mémoire.

Au cours de la discussion, les intervenants ont partagé comment leur recherche sure la Commune a changé leur perspective sur l’espace que les entoure et comment l’expérience des lieux des évènements donne une autre dimension à leur vie et comment ils permettent de se rapprocher à la réalité de ceux qui ont vécu l’histoire.

Raphaël Meyssan a raconté comment il a découvert une quatrième dimension dans l’expérience de sa propre ville en recherchant l’histoire d’un communard qui vivait dans le même lieu que lui. Après cette découverte il s’est senti différemment lui aussi, car il a pris conscience de sa propre dimension historique.

Ludivine Bantigny a partagé comment elle a découvert dans sa recherche la présence d’une « immense barricade » sur un carrefour près d’elle. Dans un deuxième pas elle y est allée pour voire si elle sent la présence de cet épisode de l’histoire. Elle a parlé donc de la difficulté de se reconnecter avec l’histoire d’un lieu au de-là du temps parce qu’il a tellement changé. Donc il n’a pas une fore résonance immédiate avec le passé d’un lieu, mais quand même il est là, selon elle, sédimenté.

Michèle Audin n’était pas présente cette fois, mais après la lecture de son roman Comme une rivière bleue je suis convaincue qu’elle aussi aurait quelque chose à dire à propos de ce sujet. Si Ludivine Bantigny parle du narrateur des Damnés de la Commune comme quelqu’un qui se bouge entre les temporalités, je ne peux pas éviter de penser aussi à celui du roman de Michèle Audin. En fait, il y a des divers instants dans le livre où le narrateur explore Paris sur les traces de la Commune. Au commencement c’est Paris du présent avec les réflexions du narrateur qui fait référence à tel ou tel lieu et à ce que s’y passait pendant la Commune tout en essayant de reconstruire cette réalité historique. D’un paragraphe à l’autre pourtant ces commentaires cessent, comme aussi toutes les références au présent cessent, et nous voilà complètement immergés dans le Paris de 1871. 

Encore une fois les pensées exprimées dans la discussion ont trouvé une forte résonance dans mes réflexions, parce qu’ils ont décrit une dimension de la recherche historique que moi aussi j’aime beaucoup. J’aime aussi faire ce genre de jeux de pensée et j’ai aussi déjà éprouvé ce sentiment excitant quand la recherche permet de superposer différentes expériences au-delà du temps à cause de leur localisation géographique commune. Moi aussi j’ai déjà fait cette expérience, que des lieux qu’on croyait connaitre d’un coup se présentent dans une manière différente à cause des résultats d’une recherche historique. Parfois c’est excitant, enrichissant, inspirant, mais parfois aussi effrayant, triste, perturbant. Mais en tout cas c’est comme découvrir de nouveau une place qu’on croyait connaitre.

Une forme comme je pratique ce genre de recherches est en essayant de découvrir la dimension historique de mon propre village, dans les façons plus diversifiées: en regardant une photo des travaux sur un champ où aujourd’hui se trouve notre maison, mais aussi en redécouvrant le monument aux soldats français décédés pendant leur internement ici en 1871, qui se trouve dans un parc ou j’ai souvent joué dans mon enfance.

J’ai aussi toujours aimé visiter les lieux des épisodes historiques qui me passionnent, je me souviens que c’était (et est toujours) le cas pour le Prague de 1968 et 1989, par exemple.

Dans l’année dernière j’ai visité beaucoup Paris virtuellement (sur streetview par exemple) à cause des nouveaux intérêts liés à l’histoire français du 19e siècle et à cause des histoires auxquelles elle m’inspire. Il y a l’histoire de la sœur inconnue d’Enjolras des années 1831-1833, et maintenant la nouvelle histoire sur la Commune. Dans tous les deux cas il était important pour moi d’attribuer les récits à des lieux réellement existants, mais ce n’est pas toujours facile de s’imaginer comment c’était réellement à l’époque parce que beaucoup de lieux ont tellement changé dans le temps.

Quand la pandémie sera, on l’espère, un jour surmonté, j’aimerais tellement aller de nouveau à Paris pour finalement voir les lieux des évènements historiques de juin 1832 et du printemps 1871, ceux des Misérables de Victor Hugo et aussi de mes propres histoires.

Dans un certain sens j’ai aussi envie de reconquérir Paris dans ma mémoire, parce que les souvenirs que j’ai de mon premier et jusqu’à maintenant seul séjour dans cette ville ne sont pas les meilleurs. En fait on a volé le porte-monnaie à mon père et ça et toute une série d’autres petits ennuis ont tellement ruiné le voyage que j’ai complètement oublié de noter dans mon journal les belles choses que nous avons fait et découvert là. Donc je peux seulement reconstruire quelque fragment vague des lieux, de leurs noms etc. Malheureusement les récits de la répression de la Commune m’ont maintenant aussi bouleversé les derniers lieux de ma mémoire jusqu’à ce moment purs des mauvais souvenirs. Le premier de ces lieux était évidemment le Sacré-Cœur (je n’avais aucune idée!). Puis il y a Cadet, notre station métro et aussi le seul lieu lequel je reconnais quand je cherche sur streetview ensemble avec un restaurant alsacien et la Gare de l’Est (ou on fusillait aussi je crois). Malheureusement c’est un autre lieu que je ne peux plus voir avec les mêmes yeux depuis que je sais que c’était là que le 28 mai a été arrêté Varlin. De l’église de la Trinité il a un triste épisode avec un convoi de prisonniers. Et au mur de Notre-Dame-de-Lorette certains croient de voire encore des traces des combats de mai 1871. C’est pour ça que j’ai tellement envie d’aller de nouveau à Paris et de penser cette fois aussi aux évènements plus encourageants, disons les lieux de la Commune vivante par exemple.

Cette superposition des différentes géographies ne se manifeste pourtant pas seulement entre réalités historiques et la réalité contemporaine mais aussi entre la géographie de ces réalités et entre les espaces de mon imagination ou entre les imaginations miennes et celles d’autrui. Ceci n’est pas moins fascinant.

Comme ça j’ai découvert que l’adresse d’une carte de visite de Varlin est seulement à quelque pas du lieu où mon personnage d’Adrienne trouve un chaton en juin 1832.

Le trajet possible parcouru par Varlin de la barricade de la Rue de la Fontaine-au-Roi à la Place Cadet (celle de mes vacances à Paris en 2008) imaginé par Michèle Audin dans son roman passe exactement par la rue ou j’ai placé ma barricade (imaginée, mais pas entièrement inventée car on la trouve sur les cartes de la Semaine Sanglante, parfois dans un bout de la rue, parfois dans l’autre): Rue des Vinaigriers. Alors je me suis imaginé comment le Varlin de son imagination passe par la rue de mon imagination, dans laquelle peut-être il y a encore les restes de ma barricade, tombée deux jours avant (j’espère qu’on ait au moins ramassé les morts, mais je crains autrement)…

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La photo en haut est un extrait du „Plan de Paris avec indication exacte des Maisons et Monuments incendiées [sic], des Batteries et Barricades construites en Mai 1871 et numérotage des Bastions de l’Enceinte“ disponible avec fonction de zoom sur Gallica

Le vidéo de la discussion est disponible sur Facebook

Les Damnés de la Commune

Audin, Michèle. Comme une rivière bleue. Paris: l’ arbalète gallimard, 2017.

Bantigny, Ludivine. La Commune au présent – une correspondence par-delà le temps. Paris: Éditions La Découverte, 2021.

Mon histoire inspirée de Les Misérables de Victor Hugo (développement encore en cours)

Interview avec Michèle Audin sur Eugène Varlin, où on trouve aussi la citation de son livre qui a animé mon inspiration…

Le premier article qui se refère aux discussions sur la littérature et la Commune.