Quelle émotion feuilleter dans l’état civil de Paris du printemps 1871

Une chose fondamentale, si on commence à s’occuper de la Commune dans le sens plus profond, une fois découvert les évènements principaux, est le désir d’apprendre aussi comment c’était la vivre. Ceci malheureusement est plus difficile que découvrir les évènements. On doit rechercher de plus, tout en découvrant que beaucoup de ceux qui ont vécu la Commune et qui l’ont animée n’ont pas laissé beaucoup de traces disponibles au-delà du temps.

Une méthode pour me connecter à la Commune sont les actes de l’état civil. Plusieurs fois déjà je me suis perdue en les feuilletant. Grâce aux Archives de Paris qui les ont digitalisés et rendus donc accessible à tous, c’est facilement possible de la maison.

Il s’agit de documents beaucoup moins révolutionnaires que autres sources conservées du temps de la Commune, comme les affiches et les journaux. En fait on observe une certaine continuité avec le temps avant et après la Commune. Quand même les actes de l’état civil nous peuvent illustrer aussi beaucoup des choses. Ces documents d’un travail banal et quotidien, mais également important, représentent en fait en manière assez symbolique l’histoire de la Commune.

Ils témoignent de la vie quotidienne d’une ville dans des temps peu ordinaire. C’est de l’histoire vivante, d’une ville où on nait, on se marie, on meurt, même si parfois les circonstances sont particulières. Ils témoignent d’une administration qui fonctionne malgré tous les défis auxquels la Commune doit faire face dans le même moment. Et malgré la reprise de la forme des actes avant la Commune, on retrouve quand même des témoignages du temps dans lequel on se trouvait. Dans plusieurs arrondissements les membres de la Commune agissants en tant que officiers de l’état civil sont introduits comme tels dans les actes. Puis il y a aussi des petites adaptations symboliques comme une mairie qui devient maison commune. Le nom fait évidemment référence à la Commune, mais en ne l’appelant pas maison communale (« maison de la Commune », nom diffusé ici en Suisse pour les administrations municipales), mais maison commune (donc « maison de tous, maison que nous partageons ») une valeur symbolique très caractéristique est évoquée. Et puis on a évidemment les signatures des membres de la Commune.

Dominique Régère introduit comme membre de la Commune dans un acte de mariage
La maison commune du 13e arrondissement

Mais les actes de l’état civil ne documentent pas seulement la vie dans la Commune, mais aussi sa fin. On y trouve un angoissant nombre de décès à la fin de mai. En plus on a le document émouvant du mariage de Tony-Moilin condamné à mort, fait en urgence quelques heures seulement avant son exécution, dont j’ai écrit il y a quelque semaine. Mais la conséquence plus évidente de la répression de la Commune, qu’on trouve dans les actes de l’état civil, est celle de bâtonner les actes rédigés pendant la Commune. En fait c’est la première chose dont on s’aperçoit quand on les consulte. Qui veut s’occuper de ces documents authentiques de la Commune doit se confronter aussi avec cette tentative dans le même temps légale et graphique-symbolique d’invalider ces actes et avec eux dans un certain sens aussi l’expérience de la Commune comme telle.

Exemple de acte de naissance bâtonné

Quand je regarde ces actes, dans mon imagination un procès similaire à celui de la connexion avec les lieux s’effectue. Si visiter un lieu dans un certain sens peut me permettre de m’imaginer mieux comment c’était de vire là dans un autre temps, aussi la consultation de ces documents, même si seulement en forme virtuelle, peut activer des réflexions de ce genre. Quand je les regarde, je me rends compte que ce sont les mêmes documents, que les gens de la Commune ont aussi vu quand ils les ont remplis de mots, de noms et de signatures – les Varlin, Tony Moilin, Jean Baptiste Clément et tous les inconnu(e)s qu’on y trouve.

En essayant d’oublier pour un seul moment toutes les modifications suivantes, je commence à m’imaginer comme cet acte, en ce cas un acte de mariage signé pendant la Commune, a été signé. Et je commence à avoir tante envie de savoir comment avait été célébré un mariage pendant la Commune.

C’est aussi ce même jeu de pensée qui m’a fait remplir les yeux de larmes quand du coup j’ai vu Tony-Moilin conscient de sa mort imminente laisser une dernière trace écrite de soi en signant l’acte de son mariage.

Ça fait quelque mois désormais que je connais l’existence de ces actes digitalisés et encore j’aime les découvrir de nouveau et de nouveau. En concluant ce texte je vous invite donc à faire la même chose, à découvrir cette micro-histoire de la Commune dans les Archives de Paris. Elle est , accessible pour tous.

Voir plus

L’état civil de Paris digitalisé par les Archives de Paris

L’article de blog de Michèle Audin qui m’a inspiré à réfléchir d’une manière plus approfondie sur ma relation avec ces actes de l’état civil

L’article de Michèle Audin sur l’état civil parisien et la Commune

Dans cette offre éducative des Archives de Paris sur la Commune il y a aussi une explication sur les actes d’état civil bâtonnés

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